La Social-Démocratie dans le 06,

Vue par Philippe Delannay

mercredi 24 septembre

LETTRE AUX AMIS DE « BESOIN DE GAUCHE »

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Cher(e) camarade,

Comme tu le sais, j’ai finalement choisi de signer la motion conduite par Bertrand Delanoë. Cette décision était importante, pour le Congrès et pour la gauche. Elle fut, tu t’en doutes, difficile pour moi, dans tous les sens du terme. Elle a, je le sais, provoqué des interrogations, satisfait certains, déçu d’autres. Je veux aujourd’hui t’en expliquer les motifs.

Pendant près d’un an, j’ai développé, avec « Socialisme et démocratie » puis « Besoin de gauche », une certaine conception du Congrès qui vient, que je crois toujours juste. Ce Congrès m’inquiète. Notre parti est fragile, il est trop stérile, il n’avait pas besoin de divisions artificielles. Avec toi, j’ai plaidé pour que le Congrès de Reims soit celui de la remise au travail autour d’une cohérence réformiste, pour qu’on ne confonde pas la fonction de Premier secrétaire et une pré-désignation pour la campagne présidentielle. J’ai marqué la volonté que notre candidat(e) à la magistrature suprême soit désigné(e) par une primaire ouverte à tous les citoyens qui se reconnaissent dans nos idées. J’ai avancé des propositions, participé au débat avec force, lancé des appels à l’unité des réformistes. Nous avons, ensemble, argumenté autour de notre contribution, que je suis fier d’avoir porté et que je te remercie d’avoir appuyé. Elle a, je crois, recueilli la sympathie de beaucoup de militants, dont la confiance s’est tournée vers moi. Mais hélas, cette conviction, ces appels n’ont pas été entendus, et trois motions, issues de ce qui fut le bloc majoritaire du parti, se sont dessinées autour de Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Ségolène Royal. C’est dans ce contexte que j’ai dû prendre position, au terme d’une longue réflexion, complexe mais collective et sereine.

Tu l’imagines bien, mon choix préférentiel eût été de pouvoir présenter ma propre motion, la nôtre. C’était la cohérence, l’affirmation d’une identité, la meilleure façon de proposer à notre parti, qui en a tant besoin, une vraie rénovation. Beaucoup d’entre vous, la majorité sans doute, m’y ont poussé, le "pôle écologique", dont la contribution est de qualité, était prêt à se joindre à cette démarche. Je mesure et partage vos regrets. Finalement, je ne me suis pas engagé dans cette voie. Parce que trop de défections, dont certaines ont été minutieusement organisées au mépris de notre projet commun, avaient affaibli notre représentativité. Parce que certains amis, fidèles et précieux, ne se sentaient pas de prendre ce risque, qui ne m’effrayait pas, et espéraient un rassemblement plus large. Au total, j’ai estimé que cette stratégie aurait, dans ces conditions, amoindri notre cohésion, et donc notre audience, et contribué à la fragmentation, que je dénonçais, d’un parti fragilisé. Ayant constaté cela, j’ai donc envisagé une alliance.

Celle-ci n’était pas, selon moi, possible avec Martine Aubry. J’ai pour elle respect et affection, mais j’estime que l’attelage hétéroclite, presque contradictoire, qu’elle a formé n’est pas à même d’impulser le renouveau du Parti socialiste et de forger la social-démocratie du 21e siècle. Elle n’était pas non plus réalisable avec Ségolène Royal. Elle a toute sa place, éminente, dans le Parti. Elle a eu l’intelligence de retirer le préalable de sa candidature au poste de Premier secrétaire, après l’avoir hélas présentée la première, et m’a, en dernière minute, sous l’impulsion de la « Ligne claire », proposé d’être le premier signataire d’une motion commune. J’ai estimé, en conscience, que la culture politique qu’elle incarne, avec ses amis, n’était pas assez proche de celle que je représentais, avec les miens, et que ce rapprochement de dernière minute n’aurait pas contribué à la clarification indispensable. J’ai donc choisi d’avancer avec Bertrand Delanoë, au terme de contacts approfondis et sincères. Il m’a assuré vouloir travailler au renouveau du Parti socialiste, j’ai décidé de lui faire confiance. J’ai notamment insisté avec lui sur trois points. Il accepte le programme de travail et les conventions thématiques proposés par « Besoin de gauche ». Une convention nationale tranchera le mode de désignation de notre candidat à la présidentielle. Enfin, il m’a assuré que le soutien à son éventuelle accession au poste de Premier secrétaire ne valait pas adhésion à une perspective présidentielle. Il ne m’a demandé aucun ralliement, je garde sur ce point une totale liberté, et toi aussi.

Pourquoi ce choix, en définitive, alors que certains me font le reproche de prolonger ainsi le statu quo, en signant une motion où figure le Premier secrétaire sortant, François Hollande ? Parce que j’ai la conviction qu’il y a, dans cette famille où je retrouve beaucoup d’amis, un véritable effort de cohérence réformiste, de construction d’une gauche sociale, écologique, européenne. Parce que ce rassemblement peut, avec notre concours, constituer le pôle de stabilité dont le PS a besoin pour être crédible. En outre, j’ai la conviction que j’aurai les moyens politiques, au sein de cette motion, que je soutiendrai loyalement, de pouvoir continuer à porter, à incarner la volonté de rénovation de notre Parti, à laquelle je ne renonce pas.

Rénover notre parti, nos idées, nos pratiques, c’est ce que je veux continuer à faire dans les prochaines années. « Socialisme et démocratie » n’a pas résisté aux coups de boutoir de ceux qui ont confondu reconstruction et combinaison. Cette aventure-là est finie, j’en prends acte avec tristesse. « Rénover maintenant » a repris sa route. « Besoin de gauche » poursuit la sienne. Je te demande de m’accompagner dans ce chemin, en signant la motion à laquelle j’apporte mon concours, en la faisant gagner au Congrès de Reims. Avec toi, j’ai bien l’intention de contribuer à façonner l’avenir du PS et de la gauche. Tu peux compter sur ma détermination et ma fidélité.

Amicalement,

Pierre Moscovici

Posté par pdel à 23:18 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    FIDELITE A MOSCOVICI

    JE TIENS A VOUS FELICITER DE SUIVRE PIERRE MOSCOVICI.VOUS ETES DONC FIDELE A LA SOCIAL DEMOCRATIE DE DSK. POUVEZ VOUS NOUS INDIQUER QUEL SERA LA POSITION DE VOS REPONSABLES DSK DANS LE DEPARTEMENT.

    Posté par NORBERT, jeudi 25 septembre à 08:48

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