dimanche 04 novembre
Crise des "subprime" : Le château de cartes américain
Avoir la preuve que l'on avait raison ne fait pas toujours plaisir. Cela fait plusieurs années que j'affirme que l'économie américaine est soutenue par une bulle immobilière qui a remplacé la bulle boursière des années 1990. Mais aucune bulle ne peut gonfler indéfiniment. Considérant la stagnation des revenus des classes moyennes aux Etats-Unis, les Américains ne pourront pas payer leur logement toujours plus cher.
Il faut ici considérer à la fois les grandes lignes et les détails de l'histoire. Les grandes lignes sont simples, mais dramatiques. « Pas d'inquiétude, le problème ne touche que le secteur immobilier », a-t-on pu entendre dire certains lors de l'effondrement du marché des prêts logement à risques. C'était oublier le rôle clef de ce secteur dans l'économie américaine. Les investissements dans l'immobilier et l'argent récupéré grâce au refinancement des prêts hypothécaires ont été à l'origine des deux tiers de la croissance de ces dernières années. Au moins ! Maintenant que la hausse des taux d'intérêt fait chuter les prix de l'immobilier, la fête est finie. Les Américains revenant à un taux d'épargne de 4 % contre 0 % auparavant, la demande va s'affaiblir et l'économie avec elle.
Les détails de l'histoire sont encore plus dramatiques. Les taux d'intérêts très bas de 2001, 2002 et 2003 ont poussé les ménages à refinancer leurs crédits hypothécaires et dépenser ainsi une partie de leur capital. C'est une chose d'emprunter pour réaliser un investissement qui consolide les comptes. C'en est une autre d'emprunter pour consommer frénétiquement. Les « prêteurs prédateurs » allèrent encore plus loin en proposant des prêts à amortissement négatif. Certes, les remboursements augmenteraient plus tard mais il fut dit aux emprunteurs de ne pas s'inquiéter : les prix de l'immobilier augmenteraient plus vite, ce qui faciliterait le refinancement par un autre prêt. Impossible de ne pas être gagnant ! Dans les faits, tout cela se traduit par un désastre.
Mondialisation oblige, les problèmes des prêts immobiliers américains ont des répercussions ailleurs. Les Etats-Unis ont placé des centaines de milliards de dollars de mauvais prêts auprès d'investisseurs du monde entier. Pour cela, ils ont dissimulé les prêts dans des instruments compliqués, en les cachant si bien qu'il est devenu impossible de connaître exactement l'étendue des dégâts et que personne n'a pu trouver comment les réévaluer rapidement. Face à une telle incertitude, les marchés se sont trouvés paralysés.
Sur les marchés financiers, les partisans du libre marché ont temporairement perdu la foi. Ils ont soutenu qu'un renflouement était nécessaire, dans l'intérêt général. Alors que, il y a dix ans, le Trésor américain et le FMI conseillaient aux pays asiatiques d'augmenter leurs taux d'intérêt, les Etats-Unis ont fait l'inverse. Mais la baisse des taux d'intérêts à court terme a conduit à une hausse des taux d'intérêts à moyen terme, plus importants pour le marché des prêts immobiliers, sans doute en raison des craintes accrues de pressions inflationnistes.
Ce sont les victimes des « prêteurs prédateurs » qui ont besoin de l'aide du gouvernement. Si l'hypothèque représente 95 % ou plus de la valeur de la maison, la restructuration de dette risque de ne pas être facile. La solution serait de fournir aux individus trop fortement endettés un moyen rapide de repartir à zéro - par exemple, une clause spéciale de faillite leur permettant de récupérer, disons, 75 % des capitaux qu'ils avaient investis à l'origine dans la maison, le prêteur devant assumer les coûts. Les leçons à tirer sont nombreuses pour les Etats-Unis et le reste du monde, mais, parmi elles, on retiendra surtout le besoin d'une plus grande régulation du secteur financier, notamment une meilleure protection contre les « prêteurs prédateurs » et plus de transparence.
JOSEPH E. STIGLITZ, prix Nobel d'économie 2001, est professeur à l'université Columbia (New York).
Commentaires
Qui va payer?....
«De nombreuses familles américaines se retrouvent aujourd'hui endettées et sans logement.»
Coincés entre la hausse des taux d'intérêt et la baisse des prix du logement, de nombreux ménages ne peuvent plus payer leurs traites et se trouvent contraints de vendre leur maison. La plupart avaient contracté des prêts à taux variable avec surprime. Victimes de leur méconnaissance du marché du crédit immobilier et de courtiers sans scrupules, les communautés immigrées sont touchées de plein fouet."
Source RFI info
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=225462&pid=6772130
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :







